Biographie

Publié le par Sébastien

Naissance

Christine Arron connait depuis 1998, une aura sportive croissante en rapport avec des performances athlétiques qui la font prendre le flambeau de star de l'athlétisme français après les pépins physiques que Marie Josée Pérec a eut à déplorer depuis son doublé aux Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996. Surtout ne te méprenends pas : Christine Arron n'est jamais née en 1973 du côté des Abymes en Guadeloupe. Elle est née un certain soir de lourde chaleur du côté de Montauban pour être plus précis le mardi 22 juillet 1997, en prenant part à un 100m dont la meilleure performance française reste la propriété par Marie Josée Pérec (10"96). Elle n'a certes pas réalisée 101m, ou un temps inférieur aux 11", mais elle a parcourru la distance en 11"03, 4ème performance mondiale de l'année... La performance passa pour le moins qu'on puisse dire inaperçue : des images tramblantes fournies par une caméra de France3, un petit encart dans l'Equipe dont l'actualité était une victoire d'étape française sur le Tour (Mengin), et un crochet par l'Allemagne pour lui permettre de fêter le triomphe de Ullrich. Quant à l'athlétisme les tribulations de Marie Jo focalisaient alors les esprits (participation au championnat du monde sur 200m), et pourtant une championne était née.

Consolidisation des bases

Au cours de l'année 1998 elle allait alors un peu sortir de l'anonymat et tomber malheureusement un peu dans le domaine public puisqu'au vu de ses performances elle devenait naturellement une outsider pour les championnats du monde d'Athènes. Nous la retrouvons le dimanche 3 août 1997, dans un rôle nouveau, impliquant des responsabilités accrues, puisque propulsée étendart du sprint français. Certes elle ne remporta pas de médaille individuelle puisque finalement elle allait échouer à la 4ème place, la meilleure peut-être finalement, point ne fallait rayer notre joyau à la tête péroxydée mais solidement plantée sur les épaules. Elle prit un mauvais départ (tien comme c'est curieux...) et elle réalisa tout de même 11"05, soit à 2 centième de sa meilleure performance. La médaille était également à ce prix. Que pouvait donc retenir de cette session : elle remporta ses 2 séries (11"13 et 11"04), termina deuxième de la 1/2 finale (11"13). Voilà le plus important devenait cette régularité à courir aux alentours de 11"05, et de gagner tranquillement ses séries. Enfin pour récompenser sa régularité quoi de mieux qu'une petite breloque partagée avec ses compatriotes ? En 1/2 finale elles effacent des tablettes le RF vieux de 2 ans (42"53), pour remettre ça en finale en 42"21 et une médaille de bronze en prime. Et les spécialistes (enfin !) ne pouvaient passer outre le poids de Christine dans le relais puisqu'assurant le 2ème relais elle mis le relais français sur d'excellentes bases en produisant la plus forte impression par rapport à toutes ses adversaires directes.

La grande Christine Arron

Puis vint 1998 et le pillage médiatique de celle qui a su tout de même réussi à préserver le maximum d'intimité. Sa saison estivale démarre le dimanche 24 mai avec pour objectif les championnats d'Europe fin août. On se trouve à Bonneuil en région parisienne par une après-midi orageuse. Ce lieu elle le connaît par coeur puisque c'est sa base d'entrainement sous la houlette de Jacques Piasenta depuis 1993. Pour changer son départ est juste moyen, puis aux 50 mètres elle accélère, accélère, accélère et termine en 10"95 avec un vent favorable de 2m/s, ce qui permet évidemment d'homologuer ce premier record de France sur 100m. Elle n'est pas pour autant surprise car ce temps aurait pu (du ?) arriver dès 1997. Elle s'empare égalemnt au passage de la 2ème meilleure performance mondiale, et un rang de 24ème athlète de tous les temps sur cette distance. Puis elle prend part naturellement à une sélection de meeting, pour se préparer évidemment mais aussi pour faire plaisir à tous ces organisateurs qui se démènent pour acceuillir les athlètes sans les énormes moyens des grands meetings. Au meeting de Saint Denis elle repasse sous la barre mentale des 11"00 et surclasse ses adversaires en 10"99. Ce terme de barrière est l'équivalent des 6m à la perche et à quelques heures d'intervalle avec la prestation de Christine Jeff Hartwig devient le premier américain à franchir cette barre au cours du même meeting. A Dotmund elle ne réalise que 11"20, la faute à l'orage... Mais un match qui aura lieu essentiellemnt au niveau chronométrique commence à poindre avec Marion Jones, qui réalise notament le triplé au championnat US (100, 200, longueur) et qui en est à 10"71, soit tout de même très en avance sur la protégée de Jacques Piasenta. Seulement les objectifs des 2 athlètes sont bien différents les uns des autres pour l'une il va s'agir d'amasser le maximum de $ sur les meetings (puisque cette année il n'y a ni JO, ni championnat du monde), quand pour l'autre se profilent les championnats d'Europe avec une préparation qui doit lui faire donner sa pleine mesure pendant une semaine. D'ailleurs elle est tout à fait consciente de ses limites, et elle se connaît suffisament pour savoir qu'elle n'est pas américaine et donc de fait incapable de courir 2 fois par semaines en meeting sous les 11"... Et cela la laisse comme tout un chacun perplexe quant à la régularité des Greene et Jones Cie. Mais chacun mène sa barque comme il l'entend et la présomption d'innocence doit de toutes façons être respectée. Villeneuve d'Asq et encore Arron sous les 11"00 (10"99), elle est régulière semaine après semaine même s'il n'y pas de véritables affrontements dans ces meetings où elle n'est pas poussée dans ses retranchements. Vient alors le meeting de Paris le 29 juillet où Jones ne la surclasse pas, loin s'en faut 10"88 contre 10"98. Bon et ce petit écart il est dû à quoi à votre avis ? Bien sûr une mise en action un peu lente (elle parle de 1m50 de débours), mais voilà l'arme de la française un deuxième 50 où elle produit une accélération foudroyante qui en fera bientôt sa renomée. La montée en puissance continue dans le bon sens et donne de l'allant, et on arrive tout naturellement sur sa piste fétiche de Montauban, où comme tous les autres athlètes elle ne perçoit la moindre rémunération (assez rare pour le faire remarquer), et elle donne cette fois une bonne claque au record de France puisqu'elle le porte à 10"85 (+1,45m/s) et se replace 2ème meilleure performeuse de l'année. Ce record tient aussi au fait qu'elle était dans la foulée de Patricia Girard dès les premiers mètres de la course, elle qui est réputée pour sa mise en action (lui ayant au passage valu quelques désagréments dans sa carrière et la faire disqualifier pour 2 faux départs). Les 15 jours précédant l'échéance européenne de Budapest se présentent donc plutôt bien. Le meeting de Monaco et un départ râté n'altère en rien sa confiance même si l'écart avec Jones est un gouffre (10"72 contre 11"19), au moins cela remet les choses en place.

La consécration

Mercredi 19 août 1998, Budapest, Hongrie, finale du 100m féminin départ prévu pour les 8 plus rapides athlètes européennes à 19H00. La veille une victoire lors des séries en 11"12, où tout colle et la course maîtrisée. Tout va bien, même si la concurence s'annonce dure. Les 1/2 finales doivent remplir leur rôle : outre la qualification, elle assure également le tremplin idéal pour marquer psychologiquement ses adversaires, ce dont Christine ne se prive pas : 10"81, elle améliore encore son record de France et se rapproche un peu plus de la meilleure marque européenne de l'histoire (10"77 par Irina Privalova en 1994). Seule Thanou, qui réalise 10"92, dans l'autre 1/2 finale semble maintenant véritablement en mesure de l'inquiéter. Puis vient ce que tout le monde connaît "casque d'or" explose toutes les marques sur son passage lors de la finale et devient la 3ème femme la plus véloce au monde. 10"73, avec juste les 2m/s de vent favorables de bon aloi pour inscrire son nom tout en haut des tablettes européennes, et les autres derrière. Mais comme à son habitude elle a le triomphe modeste et ne fait pas étalage de sa musculature, où d'un poing rageur levé en l'air "à la garçonne", non elle se contente de sourire, heureuse simplement d'avoir réalisée cette très bonne course même si elle est en tout point exceptionnelle. La performance est de choix mais le meilleur est encore à venir : avec le relais et la notion très forte de partager un titre en équipe. Les propos de Maurice Greene, qualifiant l'impression qu'elle provoque en finale, confirment ce que tout un chacun ressent "jamais [on] n'a vu une femme courir aussi vite". Ce qu'elle réalise ce samedi 22 août tient tout simplement du prodige. Il est très difficile de quantifier l'avance que possédait Privalova lors du dernier passage de témoin (sa dauphine du 100m, mais qui avait aussi pour sa part pris part au 200m), au environ des 3 mètres, mais son retour est époustoufflant et nul doute qu'elle a courru plus vite encore que lors de son 100m victorieux. La voilà bardée de 2 titres européens et "passée dans le domaine public".

L'avenir

Maintenant que faut-il attendre de Christine ? Beaucoup et peu à la fois. Il ne fait aucun doute que Marion Jones lui est supérieure sur 100m, qu'elle est la meilleure en France sur 200m (n'en déplaisent à Muriel Hurtis et Marie-Josée Pérec), mais que physiquement elle est trop juste physiquement pour tenir cette distance (c'est sa nature). Alors quoi, comment faire pour mettre les pieds là où personne ne les a jamais mis ? Faire du 150m la nouvelle distance reine où elle serait seule au monde et assurément devant Marion Jones. La première critique du public se porte sur son départ. Injuste et inexact ! Il s'agit plus de sa mise en action. Ses temps de réactions sont dans la moyenne, seulement elle manque d'explosivité au départ ce qui lui fait perdre un bon mètre à chaque mauvaise mise en action. Elle situe, et évidemment est la mieux placée pour en parler, le problème au niveau psychologique et de la concentration. Cependant il ne faut point oublier qu'avant d'être régulière sous les 11"00, elle existait déjà et courrait sur les pistes, seulement son potentiel a été gâché par des blessures à répétition ce qui a complètement occulté ses capacités entre l'adolescence et ses triomphes postérieurs à 1997. Elle est, par exemple, toujours détentrice du record de France 150m minimes en 18"08, un record qui tient depuis 1988. Et cette déficiance dont elle est malheureusement coutumière provient en grande partie de ses blessures : au moment de claquer comme n'importe quelle sprinteuse, son corps tend à se contracter, une sorte de protection naturelle, et contre laquelle il est évidemment très difficile de prendre le dessus.
Le point le plus facile à améliorer est d'arrêter de se disperser l'hiver dans les compétitions, les grands champions s'en passent facilement, et consacrer cette période plus à préparer les grandes échéances en alternant les séances de travail et les moments de coupures. Pourquoi donc ? Parceque les courses, qui sont souvent du 60m, demandent trop d'explosivité et se terminent invariablement par une nouvelle blessure qui ne fait que lui faire prendre du retard dans ses diverses préparations pour la saison estivale, et également influencer ses piètres mises en en action. Ensuite il faudrait un peu mieux sélectionner ses courses estivales, certes il ne faut pas se ruer sur les courses de la Golden League, bien au contraire, ou cesser de participer à des réunions du style de celles qui se tiennent par exemple chaque été à Montauban où la piste est très rapide, mais il faut absolument arrêter d'évoluer presque exclusivement dans un contexte franco-français, où elle n'y a pas grand chose à gagner sur le plan sportif. Un peu plus de confrontations au niveau mondial où elle a tout à fait sa place ne peut que la renforcer tant au niveau de l'expérience et cela est également très fructifueux pour se situer sur la scène internationale dans le soucis d'une amélioration constante de ses performances par le biais des comparaisons qu'elle peut tirer avec ses adversaires.

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